Bonus

1. Peut-on dire qu'il existe de "fausses" croyances ?

Attitudes et opinions, d'une part, croyances, d'autre part, sont deux choses différentes. (1) Nos attitudes et opinions sont subjectives : si je dis que "je suis contre la peine de mort" ou que je pense que "le violet est une plus belle couleur que le vert", cela ne sera ni vrai, ni faux. (2) Nos croyances, quant à elles, sont susceptibles de s'appuyer sur des indices de niveaux de fiabilité différents, qui permettent de les classer sur un continuum allant des croyances avérées (connaissances) aux fausses croyances (croyances invalidées). Nous pouvons ainsi affirmer que "croire que la Terre est ronde" est plus juste que "croire que la Terre est plate". (2a) Quand on en est au stade de la recherche scientifique, on se situe quelque part sur ce continuum, et notre positionnement peut encore évoluer dans un sens ou dans l'autre, en fonction des preuves recueillies. Au XVIème siècle, avant Copernic, les savants de l'époque pensaient que "la Terre était au centre de l'univers", et ils avaient de bonnes raisons de le croire (la scolastique notamment). (2b) Indépendamment de ce classement, il est ensuite possible d'adhérer (ou non) à une croyance en particulier (du type : "je sais que la science énonce que telle thérapie n'est qu'un placebo, mais moi je crois néanmoins qu'elle fonctionne"). (2c) Il existe, enfin, des croyances que nous ne sommes actuellement pas en mesure de tester. Par exemple, nous ne pouvons savoir avec précisions quelles étaient les couleurs arborées par les dinosaures, du fait des limites de nos techniques de recueil.

Séverine Falkowicz (et un vif merci à Robert-Vincent Joule pour sa relecture)

2. Du jugement essentialisant

J’ai toujours été fascinée par le jugement humain.
Par ceux qui semblaient savoir avec tant de certitude.

Je ne parle pas de la science. Ça je comprends. La méthode me permet de visualiser la démarche, et d’acquérir quelques savoirs moi-même, qui sont vérifiables et reproductibles.

Mais en ce qui concerne le jugement de l’humain ? Comment peut-on accorder tant de confiance à son propre jugement, quand il s’agit par exemple de juger une personne ? Comment une personne peut oser en regarder une autre et se dire, sur la base de quelques éléments qui relèvent de sa propre grille de lecture, “j’ai compris ”? Moi je n’y arrive pas. La complexité est telle que je n’ose pas me permettre de mettre dans des boîtes comme ça. D’autant plus quand la boîte est violente. Mais donc il y a ceux qui savent. Et moi qui ne sais pas. Qui ne comprends pas. Qui ne comprends pas pourquoi ils se permettent de penser savoir.

Alors oui. Juger réduit la complexité apparente du monde. Juger nous offre un sentiment de contrôle. Juger est censé nous faire du bien. Mais comment mettre toute prudence de côté, et ne pas craindre de se tromper et d’être injuste ?
Pour ma part, les jugements rapides que j’observe émettre sont source de questionnement et, souvent, source d’angoisse. Un mélange de fascination et de sidération. S’il y a des trucs que les autres savent à mon sujet, ils en savent sans doute plus que moi-même. Je devrais peut-être leur demander.

Séverine Falkowicz